En ce 28 avril: se souvenir, et agir

Il existe plusieurs indicateurs de SST et certains montrent une évolution positive et encourageante de la situation. Par exemple, le nombre d'accidents du travail chute depuis des années tant au Québec qu'au Canada. Ainsi, selon l'Association des commissions des accidents du travail du Canada, le nombre d'accidents avec perte de temps indemnisée  au Québec est tombé sous la barre des 100 000 en 2001 après avoir atteint un sommet, en 1989, avec 218 708. En 2015, le nombre de dossiers ouverts et acceptés pour une lésion professionnelle se chiffrait à 87 618. Il s'agit d'une baisse importante.

Vous me direz, et avec raison, que ces statistiques ne sont d'aucune consolation pour les familles et les proches des travailleurs qui ont perdu la vie dans l'exercice de leur fonction. Nous avons envers eux, je crois, un devoir de souvenir qui doit déborder du cadre de chaque 28 avril, Journée internationale de commémoration des victimes d'accidents du travail et de maladies professionnelles. Ces victimes étaient encore 196 à perdre la vie en travaillant au Québec en 2015, soit un nombre un peu moins élevé que les 223 décès déplorés en 2005, mais encore beaucoup, beaucoup trop important.

Toute médaille a son revers. La diminution du nombre d'accidents du travail ne doit pas devenir un miroir aux alouettes qui nous détourne de la prévention. Ne perdons pas de vue que les maladies professionnelles n'ont jamais fait autant de victimes; que des secteurs d'activité comme la construction affichent des bilans lésionnels préoccupants; que le fléau des troubles musculosquelettiques est loin d'être éradiqué bien qu'il se résorbe progressivement; de près de 30 000 en 2009, le nombre total de lésions TMS a diminué à 22 260 en 2015; que des défis majeurs se pointent entre autres le vieillissement de la main-d'œuvre, etc.

Réjouissons-nous de constater que des indicateurs de SST évoluent positivement, mais ne baissons pas les bras. Retroussons plutôt nos manches en se rappelant que la CNESST a versé pas moins de 1 926 688 000 $, soit près de 2 milliards de dollars, en prestations en 2015. Que des associations paritaires, patronales, syndicales et professionnelles, des employeurs et des travailleurs s'investissent à fond en matière de prévention des lésions professionnelles.

Le hasard a voulu que l'IRSST publie son rapport Lésions professionnelles indemnisées au Québec en 2010-2012 - Profil statistique par industrie/catégorie professionnelle et une annexe alors même que l'Organisation internationale du travail (OIT) choisissait comme thématique du 28 avril « la nécessité cruciale, pour les pays, d'améliorer leur capacité à collecter et à utiliser des données fiables sur la SST ».

À cet égard, l'IRSST demeure un joueur de premier plan dans la production d'indicateurs et de données statistiques de SST. En 2016, nous n'avions pas moins de 173 activités ou projets de recherche actifs dans lesquels plus de 200 organismes partenaires étaient engagés. Tous ces projets ont pour objet de fournir aux préventeurs, aux travailleurs et aux employeurs les connaissances et les données probantes sur lesquelles ils peuvent fonder leurs actions préventives et celles en matière de réadaptation et de retour au travail des victimes.

En ce 28 avril 2017, je conclurai en disant que nous n'avons pas seulement le devoir de nous souvenir des victimes d'accidents du travail ou de maladies professionnelles. Nous avons aussi le devoir d'agir afin d'éliminer à la source même des dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs québécois actuels, comme le stipule la Loi sur la santé et la sécurité du travail, et de contribuer, par la recherche, à prévenir la survenue de ces lésions.

Regardons devant, et soyons vigilants! Tous ensemble.

Marie Larue