2017-03-01 12:00 - Messages

SST - L'état des lieux

Depuis plus de 30 ans, l'IRSST publie un profil statistique par industrie-catégorie professionnelle des lésions professionnelles indemnisées au Québec. En combinant les données de la CNESST et celles de Statistique Canada, le Groupe connaissance et surveillance statistiques de l'Institut élabore une large variété d'indicateurs. On y trouve entre autres les taux de fréquence et de gravité des lésions, leurs coûts, de même qu'une description des caractéristiques des accidents et des maladies professionnelles. L'exercice est répété à tous les cinq ans, cette fois avec les données 2010-2012, ce qui permet de travailler avec des données qui ont atteint une certaine maturité et donc de mieux mesurer les conséquences des lésions. Autre caractéristique, ces indicateurs sont calculés sur la base du nombre d'employés à temps complet (ETC) plutôt que sur la base des effectifs en nombre d'individus; ainsi, on peut apprécier l'importance du travail à temps partiel et les différences qui existent selon l'âge et le sexe. Le rapport et son annexe constituent une source précieuse d'information pour les préventeurs puisqu'il permet entre autres de déterminer quels sont les industries et les catégories professionnelles (travailleurs manuels, travailleurs non manuels, travailleurs mixte) qui sont associées à des problèmes importants de SST.

Des informations plus générales y sont aussi publiées. Ainsi, on apprend - et nous nous en réjouissons - que durant la période 2005-2007 à 2010-2012, le nombre annuel de lésions professionnelles avec perte de temps indemnisée (PTI) a chuté de plus du quart (26 %). S'il y a moins de lésions, leur durée moyenne par contre a connu une hausse passant de 87,9 jours à près de 101 jours. Pas étonnant que le coût moyen par lésion s'élève à 52 506 $ en 2010-2012 par rapport à 40 830 $ en 2005-2007. Globalement, ces coûts atteignent près de 5 milliards de dollars par an (4,9 G$), soit 3,2 G$ attribuables à des coûts humains (en bleu sur le tableau) et 1,6 G$ à des coûts financiers. Les coûts financiers étant la sommation des frais médicaux, administratifs, des coûts salariaux et de ceux relatifs aux pertes de productivité. Le tableau ci-dessous répartit en pourcentage le coût annuel des accidents du travail et des maladies professionnelles. 

Vous aimeriez sans doute savoir quel rang occupe votre secteur d'activité économique par rapport au coût moyen par travailleur des lésions professionnelles? Rien de plus facile. Vous consultez l'annexe RA-963 pour apprendre, par exemple, que les 1 224 travailleurs manuels du secteur Activités de soutien à l'agriculture et à la foresterie (code SCIAN 115) ont subi 335 lésions par année; ils figurent en tête de liste avec un coût moyen de 116 846 $ par lésion , soit 31 992 $ par travailleurs ETC. Pour fins de comparaison, ce sont les 916 travailleurs non manuels du secteur Traitement des données, hébergement de données et services connexes  (code SCIAN 518)  qui affichent la meilleure situation; la seule lésion indemnisée à coûter 1 780 $, soit 3 $ par travailleur ETC. Voir les secteurs surlignés en jaune dans le tableau ci-dessous. (Pour l'agrandir, cliquez sur le tableau.)

De plus, les indicateurs montrent qu'il y a 12 industries-catégories professionnelles dont le taux de fréquence ETC de lésions avec PTI est plus de trois fois supérieur à la moyenne québécoise; à eux seuls, ces 12 secteurs sont associés à 28 % des lésions avec PTI, même s'ils ne représentent que 8 % de l'ensemble de la main-d'œuvre.

Les quelques indicateurs dont j'ai fait état ne sont qu'une infime partie des données contenues dans ce rapport et son annexe. Je suis convaincue que la production de telles statistiques à tous les cinq ans est importante pour ceux et celles qui veulent suivre l'évolution du bilan lésionnel de leur secteur d'activité. À l'aide de ces indicateurs, vous pourrez bien circonscrire vos actions préventives et vous positionnez par rapport à d'autres secteurs. Ces statistiques ne sont pas utiles qu'aux préventeurs et intervenants en SST; elles intéressent également les scientifiques puisqu'elles orientent aussi les sujets de recherche des prochaines années.

Je vous invite à les consulter.

Marie Larue