2016-07-01 12:00 - Messages

Que nous réservent la cobotique et l’intelligence artificielle?

Le travail et les façons de l'exécuter ne cessent d'évoluer. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, l'introduction de la machine à vapeur bouleverse les méthodes de production et les moyens de transport. Un siècle plus tard, la chimie, la domestication de l'électricité et le développement du moteur à explosion alimenté par le pétrole sont à l'origine de ce qu'on appelle « la plus grande révolution industrielle de l'histoire du monde ». Ces changements pavent la voie à de nouvelles formes d'organisation scientifique du travail, à la spécialisation des travailleurs (le taylorisme) ainsi qu'au travail à la chaîne, méthode inventée par le constructeur d'automobiles Henry Ford qui impose une cadence de travail déterminée par la vitesse à laquelle les convoyeurs mécaniques apportent les pièces aux ouvriers. La fin du XXe siècle se démarque par l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication. La conception des microprocesseurs conduit à la production d'ordinateurs et à tous les changements dont on a pu bénéficier et dont on bénéficie encore.

Au XXIe siècle, c'est la cobotique et l'automatisation du travail qui sont décrits comme étant à l'origine de la quatrième révolution industrielle.

Des entreprises québécoises intègrent déjà ou réfléchissent à l'implantation des robots dits collaboratifs ou cobots à leur ligne de production. Ces cobots se distinguent des robots « conventionnels » par leur coût beaucoup plus abordable et, surtout, par leurs interactions avec le travailleur qu'ils accompagnent et aident dans ses tâches. L'homme et la machine interagissent et partagent ainsi une même zone de travail, ce qui n'est pas sans créer de nouveaux risques pour les travailleurs, risques qui font déjà d'ailleurs l'objet d'études conduites par l'IRSST.

Cette automatisation des tâches ne se fera pas sans transformations majeures du travail tel qu'on le connaît, mais aussi des parcours professionnels des travailleurs. Si cette numérisation du travail ouvre de nouvelles opportunités, elle peut aussi remettre en question les emplois à moindre valeur ajoutée et ceux dont les tâches se caractérisent par leur répétitivité ou leur pénibilité. Dans une synthèse sur l'avenir du travail intitulée Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique (mai 2016), l'OCDE fait d'ailleurs des projections relatives au pourcentage de travailleurs qui occupent présentement un emploi dont les tâches pourraient être automatisées. Pour le Canada, l'OCDE avance qu'environ un emploi sur trois comporte entre 50 et 70 % de tâches automatisables et que près de 10 % des emplois comportent au moins 70 % de tâches automatisables.

Que nous réserve cette nouvelle « révolution »? Quelles seront les conséquences de ces interactions entre les machines et l'homme sur la santé, la sécurité et l'intégrité physique et psychologique des travailleurs? Chose certaine, la recherche scientifique se penche déjà sur ces nouveaux phénomènes. Entre autres, elle anticipe, apprécie et caractérise ces nouveaux risques, évalue la performance des mécanismes de sécurité des cobots, observe les installations cobotiques et leurs interactions avec les travailleurs, réfléchit aux mesures préventives à recommander afin que cette « cohabitation » se déroule correctement sur le plan de la santé et de la sécurité du travail. Car nouveauté ne signifie pas nécessairement sans danger.

Nous y reviendrons sûrement.

Marie Larue

 

NB: Wikipédia nous dit que le néologisme cobotique vient des mots coopération et robotique et en donne la définition suivante: ... branche émergente de la technologie, à l'interface de la cognitique et du facteur humain (comportement, décision, robustesse et contrôle de l'erreur), de la biomécanique  (modélisation du comportement et de la dynamique des mouvements) et de la robotique (utilisation d'artefacts dans un but de production de comportements mécaniques fiables, précis et/ou répétitifs à des fins industrielles, de santé ou de convivialité). L'objectif des cobots est d'automatiser un large éventail de tâches et de travailler au plus près de l'homme.