2015-08-01 12:00 - Messages

35e anniversaire de l'IRSST - Place à la sécurité

« Une enquête du Conseil de la recherche en santé du Québec complétée au cours de l'été 1977, auprès de 35 chercheurs, a permis de dénombrer 57 projets en cours. Un grand nombre de sujets de recherche sont touchés, alors que la majorité des travaux portent sur les cancers, les maladies pulmonaires, les effets de certaines substances toxiques et les répercussions psychologiques de certains types de travaux. » [i]

Ce qui saute aux yeux en relisant ce passage de la Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs publiée en 1978, c'est la moindre place accordée aux études portant sur la sécurité par rapport à celles qui traitent de la santé. D'ailleurs, la dénomination des premières équipes associées de recherche, statut accordé par l'IRSST à des groupes de chercheurs externes rattachés à des universités et auxquels l'Institut accordait des subventions, démontre bien cet intérêt en faveur des questions sanitaires. Ces équipes se consacraient à la « toxicologie industrielle », à « l'épidémiologie des lésions professionnelles », à « l'épidémiologie des cancers professionnels », au « génie biomédical », à « la pathophysiologie et le dépistage précoce des pneumoconioses », etc. De plus, ce sont des questions de santé qui se trouvent au coeur du projet initial du premier programme de recherche interne lancé par l'IRSST en 1981 et qui s'intitulait La femme au travail. On trouvait bien quelques projets en matière de sécurité dans le carnet de recherche de l'Institut, mais ce n'est qu'en 1982 - trois ans après sa création - que son programme de recherche interne Sécurité et ingénierie fut mis sur pied. On peut lire dans le rapport annuel 1982 que ce changement d'orientation « reflète une préoccupation majeure exprimée par le monde du travail et correspond à une priorité définie par la Commission de la santé et de la sécurité du travail ». Le tout premier projet de ce programme aura pour objet la sécurité des travailleurs sur les chantiers de construction, qui « comptent une proportion alarmante d'accidents du travail ». 

Aujourd'hui, la composition de notre carnet de recherche est plus équilibrée et il se réalise beaucoup plus de recherche en SST. Ainsi, en 2014, à lui seul, l'IRSST comptait 185 projets actifs. Et sur les 35 nouveaux projets dont les travaux débutaient en cours d'année, pas moins de 10 portaient spécifiquement sur la sécurité, c'est-à-dire sur des questions de prévention des risques mécaniques et physiques, alors que les résultats de ce champ de recherche donnaient lieu à la publication de 10 rapports scientifiques, de trois fiches techniques et de deux outils d'intervention pour soutenir les préventeurs. Pour sa part, le Plan quinquennal, 2013-2017 de l'Institut prévoit 13 programmations thématiques ayant pour objet la sécurité du travail. On y trouve des sujets aussi divers que le cadenassage des machines, les outils portatifs, la protection auditive, la résistance des gants et des vêtements de protection aux agresseurs mécaniques et physiques, les chutes de hauteur, les sièges à suspension, les signaux d'alarme, etc.

En 1983, Robert Sauvé, président de l'IRSST, écrivait que les indicateurs de lésions nous invitaient « à mettre plus l'accent sur la sécurité que la santé ». S'il était toujours parmi nous, il dirait sans doute que le virage a été bel et bien négocié et que les résultats parlent d'eux-mêmes. Aujourd'hui, sans négliger les questions de santé, la programmation de l'Institut accorde à la sécurité du travail toute la place qui lui revient. Je conclurais en disant que cette orientation est là pour y demeurer tant que les bilans lésionnels et les problématiques récurrentes ou émergentes nécessiteront un avancement des connaissances.

 

Marie Larue

 

[i] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, Québec, 1978, page 163.