35e anniversaire de l'IRSST-Retour sur le passé (2)

« Il n'existe aucun mécanisme pour établir les priorités de recherche
et stimuler et coordonner les efforts des chercheurs, dans le domaine
de la santé et de la sécurité au travail. » [i]

 

Une relecture de ce passage de la Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, qui, rappelons-le, a été publiée en 1978, met en relief l'évolution de la recherche en SST et de son organisation depuis la création de l'IRSST en 1980. Il apparaît indéniable que le passage du temps et des gens rend caduc cet énoncé formulé dans le livre blanc il y a près de quatre décennies. La situation n'est plus la même aujourd'hui. Loin de là. Depuis belle lurette, l'IRSST a mis en place des mécanismes de consultation de ses principaux partenaires, autant du monde scientifique que de celui du travail, pour établir des priorités de recherche qui répondent véritablement à l'expression des besoins des milieux et qui sont publiées au vu et au su de tous ceux qui s'intéressent à l'avancement des connaissances. Aujourd'hui, les priorités de recherche de l'Institut sont déterminées au terme d'une large consultation qui requiert temps et énergie. Nous sondons le pouls des représentants de la CSST, des associations sectorielles paritaires, des associations patronales et syndicales, etc. À ces coups de sonde, s'ajoute l'apport de nos chercheurs et de leurs collaborateurs dans les universités. Leur point de vue est complémentaire à celui des milieux de travail, car les scientifiques suivent l'évolution des connaissances et de diverses tendances en SST.

Les pistes de recherche retenues sont également étayées par des statistiques de lésions de la CSST et aussi par des études statistiques plus pointues réalisées entre autres par les analystes en statistiques de la Direction scientifique, qui produisent des indicateurs de lésions professionnelles par industrie, par catégorie professionnelle. Ainsi, en plus des indicateurs de fréquence, de prévalence et de gravité des lésions par industrie, des statistiques distinctes permettent de distinguer les profils lésionnels des travailleurs manuels, non manuels et mixtes, des jeunes, des 45 ans ou plus, etc.

Le recours aux statistiques fournit le portrait du passé, mais nous devons également tenir compte de l'avenir. C'est là qu'entrent en jeu, entre autres, nos agents de veille et les nombreux contacts tissés par l'Institut depuis sa création autant dans le monde scientifique que dans celui du travail. De plus, chaque année, l'IRSST participe à la rencontre du Groupe Sheffield qui réunit les principaux centres de recherche en SST sur la scène internationale, ce qui permet au Québec d'être au fait de l'avancement des connaissances, mais aussi des nouveaux problèmes en matière de lésions professionnelles qui surgissent ailleurs dans le monde. C'est ainsi que nous sommes en mesure de « voir venir » les problématiques en émergence et de les intégrer à nos priorités, tout en évitant les doublons.

Puis, en collaboration avec les responsables des champs de recherche, la Direction scientifique élabore un projet de planification quinquennale, qui sera par la suite soumis à notre conseil scientifique. Composé de membres de la communauté scientifique et de représentants patronaux et syndicaux, ce conseil est une instance consultative auprès de la PDG qui est appelée à se prononcer sur le caractère prioritaire et la pertinence de la programmation, mais aussi de l'essentiel de nos projets et activités de recherche.

Enfin, cette programmation est approuvée par le conseil d'administration de l'IRSST qui est lui aussi paritaire. Les hommes et les femmes qui le composent sont des représentants des principales associations syndicales et patronales. Ces derniers sont bien au fait des besoins de recherche de leurs commettants. En bout de piste, cette planification quinquennale est publiée afin que toute personne intéressée par la contribution de la recherche à la prévention des lésions professionnelles et à la réadaptation des victimes puisse être en mesure de s'informer des travaux que nous comptons entreprendre.

Mais revenons au livre blanc. On pouvait y lire qu'on « ne possède pas d'inventaire précis de la recherche en cours ». Or, à ce propos-là, la situation a aussi bien changé. Tous les rapports d'activité annuels de l'IRSST contiennent entre autres la liste complète des nouveaux projets dont les travaux débutent, de même que des rapports de recherche qui ont été publiés en cours d'année. Nos partenaires autant que le public en général peuvent également suivre les travaux de l'Institut par le biais de son site Web qui met à la disposition des internautes un répertoire de ses nouveaux projets et de ses nouvelles publications, son bulletin électronique InfoIRSST ainsi que ses blogues.

Les constats du livre blanc ont donc été pris en compte depuis longtemps, ce qui fait en sorte qu'aujourd'hui des mécanismes de priorisation existent et les préventeurs peuvent facilement savoir « qui fait quoi » en matière de recherche en SST.

Je souhaite à toutes et à tous un bel été... tout en santé et en sécurité.

 

Marie Larue

 

[i] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, Québec, 1978, page 161.