Qui est Robert Sauvé ?

J'étais une jeune professionnelle parmi tant d'autres à la CSST lorsque j'ai connu son président, M. Robert Sauvé. Je ne l'ai pas côtoyé suffisamment pour en brosser un fidèle portrait, mais j'en conserve un bon souvenir. C'était en 1982, deux ans après la création de la Commission. Je le voyais comme un homme déterminé qui affichait la ferme volonté de créer le nouveau régime de santé et de sécurité du travail. Parmi les éléments de cette réforme, il souhaitait, avec les partenaires du monde du travail, mettre sur pied l'IRSST, dont la mission était (et est toujours) de contribuer, par la recherche, à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Il avait dès lors compris entre autres que le portrait des lésions professionnelles serait évolutif dans le temps et que les connaissances nécessaires à l'évaluation des risques devaient également progresser. C'était un homme qui croyait à la recherche et qui a largement contribué à ce que le Québec dispose, dès 1980, d'un institut de recherche en SST. Je me rappelle M. Sauvé comme quelqu'un de bien en selle dans ses fonctions et qui avait d'indéniables talents pour établir des consensus entre les représentants patronaux et syndicaux, car il faut se remémorer que la CSST, comme l'IRSST, a un conseil d'administration paritaire. Il rassemblait, mais c'était aussi un leader qui ne craignait pas de s'affirmer puisqu'il demeure, à ma connaissance, le président qui a le plus souvent exercé son droit de vote prépondérant au conseil d'administration. Il n'hésitait pas à l'utiliser pour trancher lorsque les parties patronales et syndicales ne s'entendaient pas.

Pour ceux et celles qui veulent en savoir davantage, sa biographie nous apprend qu'il fait des études en droit à l'Université de Montréal, mais aussi au London School of Economics and Politics de Londres. De plus, il est titulaire d'une maîtrise en administration publique de l'American University de Washington. C'est d'abord dans le monde syndical qu'il fait ses premières armes à titre d'avocat à la CSN. Il enseigne aussi le droit à McGill, puis il entame une carrière dans la fonction publique québécoise où il œuvre au ministère du Travail et de la Main-d'œuvre avant d'être nommé juge à la Cour provinciale. Il siège au Tribunal du travail, puis devient le président fondateur de la Commission des services juridiques où il met sur pied l'aide juridique. En 1977, il est nommé président de la Commission des accidents du travail (CAT) et devient, en 1980, le premier président de la nouvelle Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et du tout nouvel Institut de recherche en santé et en sécurité du travail dont il assume la direction jusqu'en 1986 alors qu'il retourne à la Cour du Québec où il siège comme juge jusqu'en 1996. En 1997, il préside un comité mandaté pour revoir la structure du réseau de l'aide juridique. Il décède l'année suivante à Montréal. Depuis 2001, une fondation, qui porte son nom, offre des activités d'éducation juridique et organise des événements sur les droits et les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté.

Je termine ce billet en évoquant qu'au moment de la création de l'IRSST, en novembre 1980, Robert Sauvé a dit : La recherche, c'est la patience au service du progrès. Il disait juste. Pas étonnant qu'en 2000, à l'occasion de son 20e anniversaire, l'IRSST a voulu lui rendre un hommage posthume en ajoutant son nom à sa dénomination pour qu'elle devienne l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.  

On se souviendra de lui.

 

Photo de droite: André Laurin, Marcel Pepin et Robert Sauvé lors
d'une conférence de presse organisée par la CSN. Source: CSN