2015-02-01 12:00 - Messages

35e anniversaire de l'IRSST - Retour en arrière

Il est très difficile de décrire la situation actuelle de la recherche dans le domaine de la santé et de la sécurité des travailleurs. D'une part, il semble exister plusieurs activités de recherche directement, ou le plus souvent, indirectement reliées à la santé ou à la sécurité des travailleurs. D'autre part, l'application des résultats de la recherche semble très aléatoire et irrégulière. De façon générale, les informations sont inexistantes ou incomplètes. [i]

Tiré du livre blanc sur la santé et la sécurité au travail publié, en 1978, par le gouvernement du Québec, ce constat dépeint l'état de la recherche à cette époque. Trente-sept ans plus tard, le portrait de la recherche  en SST est plus limpide et plus consistant. La création de l'Institut de recherche en santé et en sécurité du travail (IRSST) [ii], en 1980, a sans doute contribué à corriger sensiblement la situation. D'abord, aujourd'hui, la majorité des activités de recherche en SST est réalisée ou financée par l'IRSST. Nous avons donc une très bonne idée du qui fait quoi. Et pas seulement au Québec; nous savons aussi, grâce à des cartographies et aux liens établis avec d'autres centres de recherche, ce qui se passe ailleurs dans le monde. Quant à l'applicabilité des résultats, l'Institut et ses partenaires investissent beaucoup d'énergie dans le transfert des connaissances afin que celles-ci soient utiles aux milieux de travail. C'est un volet de notre mission et nous mettons tout en œuvre pour le réaliser.

Au regard de l'information, là aussi d'énormes progrès ont été réalisés. D'un côté, les efforts de recherche se sont intensifiés alors que, de l'autre, l'ensemble des résultats est disponible et peut être consulté sans frais dans notre site web www.irsst.qc.ca. Rapports, bilans de connaissances, guides techniques, fiches, outils de formation, outils d'intervention, utilitaires, méthodes de laboratoire, sites web thématiques, etc. figurent ainsi parmi nos collections de même qu'un certain nombre d'articles publiés dans des revues savantes qui peuvent être consultés grâce à notre Politique de libre accès à la littérature scientifique.

Il serait inexact, aujourd'hui, d'affirmer, comme on peut le lire dans le livre blanc, que les connaissances en SST sont « limitées et fragmentaires », ce qui ne veut pas dire pour autant que tout est réglé et entendu. Loin de là. Le monde du travail évolue. Des problématiques récurrentes persistent alors que des problèmes émergents s'ajoutent aux programmations de recherche au rythme de l'introduction de nouvelles substances chimiques, d'agents biologiques, de procédés industriels, de nouvelles formes d'organisation du travail, etc. À titre indicatif, l'Institut avait une vingtaine de programmations thématiques et pas moins de 185 projets de recherche actifs en 2014 et, année après année, notre carnet est bien rempli. Il reste qu'aujourd'hui les centres de documentation en SST regorgent de documents scientifiques et techniques. À lui seul, le catalogue Information SST donne accès en quelques clics à plus de 150 000 livres, documents, vidéos, rapports, etc.

La situation en 2015 n'est donc plus celle qui était décrite à la fin des années 1970. Heureusement, nous progressons.

L'IRSST est également bien réseauté. Son réseau relationnel est étendu. En plus des ententes de partenariat avec d'autres centres de recherche nationaux ou internationaux, l'Institut fait partie du Groupe Sheffield, qui réunit les instituts de recherche en SST les plus importants sur la planète. Ces liens nous permettent d'échanger, de comparer nos programmations et de partager des ressources humaines et matérielles, nous évitant entre autres de refaire ici ce qui a déjà été très bien étudié et documenté ailleurs.

Comme on peut le constater, beaucoup de chemin a été parcouru et des progrès ont été accomplis. Aujourd'hui, les données probantes issues de la recherche foisonnent; elles sont facilement accessibles pour les préventeurs qui veulent éliminer les dangers à leur source même afin de mieux prévenir les lésions professionnelles.

Dans le contexte de notre 35e anniversaire, que nous célébrons cette année, je reviendrai sur les constats du livre blanc puisqu'ils sont à l'origine de la création de l'Institut.

À bientôt!

 

[i] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, Québec, 1978, page 161.

[ii] Ce n'est qu'en 2000 que l'IRSST rendra hommage à son président fondateur, M. Robert Sauvé, en intégrant son nom à sa dénomination.

 

Qui est Robert Sauvé ?

J'étais une jeune professionnelle parmi tant d'autres à la CSST lorsque j'ai connu son président, M. Robert Sauvé. Je ne l'ai pas côtoyé suffisamment pour en brosser un fidèle portrait, mais j'en conserve un bon souvenir. C'était en 1982, deux ans après la création de la Commission. Je le voyais comme un homme déterminé qui affichait la ferme volonté de créer le nouveau régime de santé et de sécurité du travail. Parmi les éléments de cette réforme, il souhaitait, avec les partenaires du monde du travail, mettre sur pied l'IRSST, dont la mission était (et est toujours) de contribuer, par la recherche, à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Il avait dès lors compris entre autres que le portrait des lésions professionnelles serait évolutif dans le temps et que les connaissances nécessaires à l'évaluation des risques devaient également progresser. C'était un homme qui croyait à la recherche et qui a largement contribué à ce que le Québec dispose, dès 1980, d'un institut de recherche en SST. Je me rappelle M. Sauvé comme quelqu'un de bien en selle dans ses fonctions et qui avait d'indéniables talents pour établir des consensus entre les représentants patronaux et syndicaux, car il faut se remémorer que la CSST, comme l'IRSST, a un conseil d'administration paritaire. Il rassemblait, mais c'était aussi un leader qui ne craignait pas de s'affirmer puisqu'il demeure, à ma connaissance, le président qui a le plus souvent exercé son droit de vote prépondérant au conseil d'administration. Il n'hésitait pas à l'utiliser pour trancher lorsque les parties patronales et syndicales ne s'entendaient pas.

Pour ceux et celles qui veulent en savoir davantage, sa biographie nous apprend qu'il fait des études en droit à l'Université de Montréal, mais aussi au London School of Economics and Politics de Londres. De plus, il est titulaire d'une maîtrise en administration publique de l'American University de Washington. C'est d'abord dans le monde syndical qu'il fait ses premières armes à titre d'avocat à la CSN. Il enseigne aussi le droit à McGill, puis il entame une carrière dans la fonction publique québécoise où il œuvre au ministère du Travail et de la Main-d'œuvre avant d'être nommé juge à la Cour provinciale. Il siège au Tribunal du travail, puis devient le président fondateur de la Commission des services juridiques où il met sur pied l'aide juridique. En 1977, il est nommé président de la Commission des accidents du travail (CAT) et devient, en 1980, le premier président de la nouvelle Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et du tout nouvel Institut de recherche en santé et en sécurité du travail dont il assume la direction jusqu'en 1986 alors qu'il retourne à la Cour du Québec où il siège comme juge jusqu'en 1996. En 1997, il préside un comité mandaté pour revoir la structure du réseau de l'aide juridique. Il décède l'année suivante à Montréal. Depuis 2001, une fondation, qui porte son nom, offre des activités d'éducation juridique et organise des événements sur les droits et les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté.

Je termine ce billet en évoquant qu'au moment de la création de l'IRSST, en novembre 1980, Robert Sauvé a dit : La recherche, c'est la patience au service du progrès. Il disait juste. Pas étonnant qu'en 2000, à l'occasion de son 20e anniversaire, l'IRSST a voulu lui rendre un hommage posthume en ajoutant son nom à sa dénomination pour qu'elle devienne l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.  

On se souviendra de lui.

 

Photo de droite: André Laurin, Marcel Pepin et Robert Sauvé lors
d'une conférence de presse organisée par la CSN. Source: CSN