2014-06-01 12:00 - Messages

Le chaud et le froid

Les gens qui travaillent dans des pays nordiques doivent composer avec des environnements souvent hostiles. En hiver, ils affrontent de grands froids comme ils peuvent subir, l'été, de fortes chaleurs. Or, au cours des prochaines années, des projets comme le Plan Nord ou encore l'ouverture du passage du Nord-Ouest dans l'Arctique favoriseront entre autres l'implantation d'industries (mines, pétrole, gaz...) dans un environnement autrefois considéré comme inhospitalier. Ce développement nordique nécessitera l'embauche de travailleurs, qui ne seront pas forcément acclimatés à travailler sous de telles contraintes, mais pour lesquels les employeurs auront tout de même la responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour protéger leur santé et assurer leur sécurité et leur intégrité physique.

Dans le cadre d'une récente étude sur la Pertinence et conditions d'utilisation des indices thermiques dans le contexte québécois, des chercheurs ont observé des travailleurs au Nunavik qui œuvraient alors que le refroidissement éolien pouvait atteindre -57 °C. On y apprenait également que « la documentation scientifique concernant les réactions physiologiques conséquentes à l'exposition au froid est beaucoup moins abondante que celle abordant le travail à la chaleur. »

Plusieurs entreprises, notamment dans le secteur minier, sont familières avec ces contraintes thermiques et peuvent minimalement fournir de l'information sur les tenues vestimentaires appropriées et offrir les premiers soins en cas d'engelure ou d'hypothermie. On connaît les conséquences pour des travailleurs inaccoutumés à une exposition à des froids extrêmes. Selon la littérature, cette exposition peut amoindrir leurs performances physiques (endurance, force musculaire, dextérité, etc.) et cognitives (mémorisation, temps de réaction, vigilance, capacité d'apprentissage, etc.) et entraîner potentiellement des risques pour leur santé et leur sécurité. 

Dans le contexte des développements nordiques, de nouveaux projets de recherche sur les contraintes thermiques seront initiés. Grâce aux liens tissés avec d'autres centres de recherche en SST et avec des universités québécoises, l'IRSST sera en mesure de contribuer à l'avancement des connaissances en matière de prévention contre l'exposition à des températures extrêmes Nous venons d'ailleurs de signer une entente avec l'UQAM d'une durée de 10 ans pour partager le laboratoire d'environnement contrôlé de leur Département de kinanthropologie. L'accès à cette chambre climatique permettra à nos chercheurs et à ceux dont nous finançons les travaux de recréer des températures extrêmes et de mesurer les contraintes physiologiques associées au port de vêtements ou d'équipements de protection dans des conditions très froides, très chaudes ou très humides. Notre Plan quinquennal de production scientifique et technique 2013-2017 prend d'ailleurs en considération le Plan Nord afin de répondre aux besoins des préventeurs, des entrepreneurs et des travailleurs.

De plus, en Europe, des centres de recherche en SST de pays nordiques, tels la Norvège, la Finlande, le Danemark, songent augmenter leur capacité de recherche en partageant expertise et ressources pour réaliser des études couvrant tous les aspects de l'environnement physique entourant les travaux effectués dans l'Arctique. L'IRSST est évidemment intéressé par cette initiative et pourrait bien y participer. Je vous en reparlerai.

Et comme nous sommes à une période de l'année où on devrait parler davantage de contraintes associées à la chaleur... plutôt qu'à des refroidissement éolien, je vous souhaite à tous un bel été en santé et en sécurité.

 

Marie Larue