La recherche en SST au Québec et en Europe

L'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) vient de présenter ses priorités de recherche pour la période 2013-2020. Dans un document intitulé Priorities for occupational safety and health research in Europe : 2013-2020, l'Agence articule ses domaines prioritaires autour de quatre thématiques principales : 1) évolution démographique, 2) mondialisation et évolution du monde du travail, 3) nouvelles technologies sûres et 4) expositions nouvelles ou croissantes à des agents chimiques et biologiques sur les lieux de travail.

En cette journée mondiale de deuil pour commémorer les personnes qui ont perdu la vie ou se sont blessées au travail, il m'a semblé intéressant de comparer le plan européen avec le plan quinquennal 2013-2017 de l'IRSST. Même si la période couverte n'est pas tout à fait la même et que les deux plans sont structurés différemment, on constate que les documents, dans leurs grandes lignes, convergent. D'abord, le contexte dans lequel les deux plans s'inscrivent est semblable. Ici, comme en Europe, le monde du travail se transforme et le développement durable devient un enjeu.

À l'égard de la première thématique, l'évolution démographique, l'IRSST, comme les centres de recherche européens - que nous connaissons bien - sont préoccupés par le vieillissement de la main-d'œuvre, mais aussi par l'arrivée de plus en plus de travailleurs immigrants de première génération qui, selon la littérature, sont potentiellement plus vulnérables en matière de SST.

En ce qui concerne la mondialisation et l'évolution du monde du travail, deuxième thématique européenne, là aussi les enjeux rejoignent ceux du Québec. L'Institut est effectivement soucieux de faire progresser les connaissances relativement aux nouvelles formes de travail, à la précarité de l'emploi, aux horaires de travail atypiques ou encore aux facteurs psychosociaux associés au travail dans des situations où la demande psychologique est élevée comme dans les centres d'appel 9-1-1.

La troisième thématique retenue par les pays européens concerne les nouvelles technologies. Or, le plan de l'IRSST a été conçu dans cette optique. On peut y lire que « pour réaliser pleinement sa mission, l'IRSST doit aussi travailler en fonction de l'avenir en prévoyant dès aujourd'hui les risques futurs qui accompagnent les nouvelles technologies, les changements organisationnels et environnementaux, les nouvelles substances, etc. » Comme l'Europe, nous aussi sommes préoccupés par les nouvelles formes d'énergie. Nous avons des projets en marche sur ce que nous appelons « les emplois verts » qu'ils soient issus des formes d'énergie renouvelables, comme l'industrie du photovoltaïque, ou encore du recyclage des déchets.

Finalement, la dernière thématique, l'exposition aux agents chimiques et biologiques figurent autant dans le plan européen que dans le nôtre. L'IRSST a d'ailleurs un champ de recherche important en termes de ressources humaines et financières, qui est consacré exclusivement à la prévention des risques chimiques et biologiques. La situation que nous vivons au Québec est semblable à celles de bien des pays d'Europe où le nombre de lésions professionnelles est en baisse alors que le nombre de décès attribuables aux maladies du travail est en augmentation. On constate que, dans le monde du travail, deux décès sur trois sont attribuables aux maladies professionnelles. Par ailleurs, partout dans les pays industrialisés, on s'interroge sur la prévention des risques associés à l'utilisation des nanoparticules, sur l'exposition à des microorganismes ou encore à des pesticides entre autres chez les pomiculteurs. Les cancers professionnels sont également au premier plan; d'ailleurs, l'IRSST a élaboré une programmation thématique sur ce sujet.

Comme vous pouvez le constater, en matière de SST, les enjeux d'ici ne sont pas très différents de ceux auxquels doivent faire face les Européens. Et, que ce soit par le biais de la veille scientifique où grâce à notre participation aux rencontres annuelles du Groupe Sheffield, dont tous les grands centres de recherche mondiaux sont membres, incluant l'IRSST, nous suivons de près la situation, nous échangeons et, lorsque la situation le permet, nous signons des ententes de collaboration avec d'autres pays pour accroître nos capacités de recherche.

Autre point de convergence, et pas le moindre, je partage tout à fait la déclaration de la Dre Christa Sedlatschek, directrice de l'EU-OSHA : « Le lien entre la santé et la sécurité au travail, la compétitivité et les performances commerciales doit être mis en évidence. La stabilité sociale et le développement durable doivent aller de pair avec la croissance économique ».

À tous les travailleurs, en ce 28 avril, je souhaite qu'un jour, grâce à l'avancement des connaissances et aux efforts de prévention, nous n'ayons plus besoin d'une journée mondiale de deuil parce que plus personne ne perdra la vie au travail.

Marie Larue