2013-07-01 12:00 - Messages

La gestion du risque, une question primordiale

La tragédie du Lac-Mégantic, qui a causé la mort d'une quarantaine de personnes et défiguré le centre-ville de cette petite municipalité de l'Estrie cet été, a mis en relief l'importance de la sécurité en matière de transport de marchandises dangereuses. Dans le cas de Mégantic, c'est le transport ferroviaire qui est pointé du doigt, mais n'oublions pas qu'il y a plus de 200 millions de tonnes de marchandises dangereuses (MD) transportées chaque année au Canada, dont plus de la moitié par camion. Dans ce domaine, c'est le transport routier qui domine, suivi par le transport maritime, ferroviaire, par pipeline et enfin aérien. Et on retrouve toutes sortes de marchandises dangereuses dans les citernes des camions, les cales des navires et les soutes des avions. Certes, le trafic des MD est dominé par les produits inflammables comme le pétrole et le gaz naturel, mais il y a aussi des produits corrosifs, comme certaines substances chimiques et des acides. Pour vous donner une idée de ce qu'on peut retrouver dans une municipalité du Québec, Anne-Marie Lalonde (2004) avait identifié, dans son mémoire de maîtrise, les marchandises dangereuses les plus transportées, en quantité, dans la ville de Sherbrooke.

Malgré les risques qu'il comporte, le transport de ces MD ne cessera pas. Au contraire. Mais sans présumer des conclusions des enquêtes en cours à Lac-Mégantic, on peut avancer que s'il y a des efforts à consentir et des corrections à effectuer, c'est bien en matière de prévention, particulièrement en gestion du risque, et pas seulement sur la question du transport, mais aussi sur celle de l'entreposage, car ces MD sont souvent stockées sur des sites industriels en attendant d'être acheminées ailleurs. Or, des études du CIRANO et de l'IRSST, ont porté sur les pratiques organisationnelles de sécurité et brossaient, en 2012, un portrait des transporteurs de MD. Transport Québec, Santé Canada et le Centre de sécurité civile de la ville de Montréal étaient partenaires de ces recherches auxquelles 211 transporteurs ont participé. L'étude sur les pratiques organisationnelles de sécurité concluait que si les transporteurs semblent être bien préparés pour répondre aux situations d'urgence, seulement la moitié d'entre eux avaient mis en place des pratiques en matière de sécurité (comité de santé et de sécurité, séances d'information sur la gestion des risques, programmes spécifiques de prévention, etc.). Le ministère de la Sécurité civile rapportait d'ailleurs les résultats de cette étude dans son bulletin Inter-Action au printemps 2013; résultats qui mettaient aussi en lumière que la formation des chauffeurs n'est pas uniforme et que certains risques sont sous-estimés. Ainsi, quatre transporteurs sur cinq considéraient que le transport proprement dit était la phase la plus risquée, alors qu'en réalité, au Canada, les risques associés au chargement et au déchargement des MD causent deux fois plus d'accidents que le transport lui-même... 

Alors, que ce soit en matière de transport, d'entreposage ou de transbordement, lorsqu'il s'agit de matières dangereuses, la gestion des risques devient primordiale, car le moindre petit incident ou succession d'incidents peut potentiellement générer des conséquences humaines, financières et environnementales d'une ampleur insoupçonnée, comme l'a tristement démontré la tragédie du Lac-Mégantic. Posons-nous les questions suivantes: quels sont les gestes qui auraient dû être posés en amont pour prévenir ce tragique accident? Quelles sont les décisions qui auraient dû être prises pour éviter que ces erreurs ou omissions, nous plongent dans le deuil et alourdissent le fardeau financier et fiscal des travailleurs, des employeurs, des résidents et de la société en général?

Je vous suggère cette réflexion.

 Marie Larue

 

Référence:

Lalonde, A.-M. (2004).

Analyse des risques au cours du transport de matières dangereuses à Sherbrooke