2013-03-01 12:00 - Messages

Où s'en va la science en SST?

 Au Québec, au cours des 30 dernières années, le nombre de lésions professionnelles acceptées avec perte de temps indemnisée a connu une diminution importante. On constate la même tendance dans le reste du Canada, selon les données publiées par l'Association canadienne des commissions des accidents du travail. Si, au milieu des années 1980, la CSST acceptait  218 700 lésions avec perte de temps, ce nombre était trois fois moins moindre en 2011 alors que la Commission reconnaissait 70 500 lésions. En cette période de l'année où l'on souligne le Jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail, on peut se réjouir de cette amélioration du bilan des lésions professionnelles, mais il n'en demeure pas moins qu'il y a toujours trop de travailleurs qui meurent ou subissent un accident du travail. Les accidents peuvent être évités.

Depuis 30 ans, nous avons fait des progrès appréciables. Y compris en matière de recherche. Nous n'en sommes plus au temps où les années d'expérience des travailleurs des machines à bardeaux se calculaient au nombre de doigts amputés... Ce type de problèmes de sécurité appelait des solutions simples qui, souvent, pouvaient être exportées d'une entreprise à l'autre dans un même secteur industriel. Force est de constater que les problèmes d'aujourd'hui sont souvent beaucoup plus complexes et exigent beaucoup de temps avant d'être résolus. Concevoir un garde pour une machine ne représente généralement pas un niveau de difficulté aussi élevé que de trouver les moyens de prévenir les troubles musculosquelettiques. Or, depuis déjà quelques années, les maladies professionnelles causent beaucoup plus de décès que les accidents du travail. On ne parle plus ici de fermer l'accès à une ouverture dans un plancher ou d'étançonner une tranchée, mais bien de mieux comprendre des phénomènes complexes et d'expérimenter des modes d'intervention pour lesquels on mobilise des chercheurs de multiples disciplines. Dans le cas des maladies, il faut aussi établir quels sont les facteurs professionnels, personnels ou environnementaux qui sont en cause. Bref, il s'agit de questions complexes pour lesquelles les chercheurs doivent creuser davantage. Nous avons l'exemple des nanoparticules pour lesquelles, malgré des années de recherche, il reste toujours des choses à approfondir quant à leurs propriétés toxicologiques et leurs effets sur la santé. Or, on constate que, lorsqu'un chercheur veut approfondir en prenant en considération une multitude de facteurs, plus la recherche devient complexe. Et plus c'est compliqué, plus cela peut nécessiter de ressources! On n'y échappe pas. Et ce n'est pas plus facile pour les préventeurs lorsqu'ils doivent convaincre les milieux de travail de faire de la prévention maintenant pour éviter des maladies professionnelles dont les effets ne se feront pas sentir avant 20, 30, voire 40 ans. 

Nous ne sommes pas les seuls à faire face à des problématiques émergentes de plus en plus complexes. Les autres pays fortement industrialisés vivent la même situation. Quand on voit les progrès technologiques incessants, les nouveaux procédés de fabrication, les multiples nouvelles molécules d'usage industriel dont la toxicité n'a pas été établie, etc., on peut raisonnablement avancer que les problèmes à venir en SST ne pourront pas tous être résolus par des solutions simples. Ils requerront le concours d'équipes multidisciplinaires et le recours à de nouveaux modèles, à des montages plus élaborés et à des analyses multivariées.  

C'est dans ce contexte que la recherche devra être capable de soutenir, par l'avancement des connaissances, tous ses partenaires du réseau de la prévention. Des réseaux se forment à la grandeur de la planète, pour échanger sur les problématiques émergentes et sur les moyens de les prévenir. Comme les accidents du travail, les maladies professionnelles ne sont pas une fatalité. En cette période de l'année où l'on commémore les personnes décédées ou blessées au travail, rappelons-nous que nous avons tous un rôle à jouer : au premier chef, les entreprises, mais aussi les travailleurs, les associations patronales, syndicales ou professionnelles, les chercheurs, les préventeurs, etc.  

Les défis de demain sont déjà à nos portes, mais je suis persuadée qu'ensemble nous les relèverons.

Marie Larue