2013-02-01 12:00 - Messages

En ce 8 mars

À l'occasion de la fête internationale des femmes, il est approprié de se pencher sur la féminisation du marché du travail. En 35 ans, la proportion d'emplois occupés par les femmes sur le marché du travail au Québec est passée de 35 % qu'elle était en 1976 à 48 % en 2011. Les femmes constituent donc près de la moitié de la main-d'œuvre totale. Cette présence accrue se fait sentir surtout dans les secteurs de production de services où les femmes se retrouvent en plus grande proportion que les hommes.  Leur présence est nettement plus faible dans les secteurs de production de biens où les hommes dominent. Plus du tiers des femmes œuvrent dans le secteur public comparativement à 17,5 % pour les hommes. Elles sont trois fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel. Pour elles, il s'agit souvent d'un choix dicté pour permettre de concilier travail et vie personnelle, car elles assument la majorité des heures consacrées au travail domestique et sont plus nombreuses que les hommes à avoir des responsabilités familiales élevées (monoparentalité, garde des enfants, soins aux personnes âgées ou en perte d'autonomie, etc.). Les femmes ont aussi moins d'heures de loisir. Leur perception de leur état de santé général est moins bonne que celle des hommes. De plus, les études montrent que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à considérer leur travail comme étant émotionnellement exigeant et à occuper des emplois propices à des situations de tension avec le public. Les travailleuses sont aussi plus nombreuses que les travailleurs à déclarer ressentir des troubles musculo-squelettiques et à connaître des niveaux de détresse psychologique plus élevés. 

Il m'est possible de brosser ce portrait des femmes parce que des données existent. L'avancement des connaissances nous permet également de mieux apprécier la distribution inégale des lésions professionnelles entre les hommes et les femmes, celles-ci ont un taux de fréquence-gravité en équivalent temps complet plus élevé que les hommes pour une même catégorie professionnelle. Cette situation s'explique essentiellement par une durée moyenne d'indemnisation plus longue chez les femmes. Encore là, je peux soutenir mon propos grâce à des données différenciées selon le genre que l'on retrouve dans des recherches comme l'Enquête québécoise sur des conditions de travail et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST) ou encore celle sur les Lésions professionnelles indemnisées au Québec en 2005-2007 

La prise en compte du sexe et du genre en recherche en santé et en sécurité du travail devient un réflexe. Chaque fois qu'une analyse différenciée selon le sexe est possible et peut apporter un éclairage nouveau, l'IRSST voit à ce qu'elle soit incluse dans les devis de recherche. En ce 8 mars, je ne peux que réaffirmer la volonté de l'Institut de poursuivre dans cette voie pour faire en sorte que nous disposions de plus en plus d'indicateurs différenciés et de connaissances basées sur le genre et le sexe des travailleurs. Cette volonté n'est pas étrangère au soutien que nous avons apporté récemment, comme partenaire de l'Institut de la santé des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada, au programme de chaire de recherche en SST sur le genre, le travail et la santé. Les travaux de cette chaire nous permettront de contribuer, par la recherche, à une meilleure compréhension des lésions professionnelles propres aux femmes, de leur mode opératoire - comme nous avons fait avec l'étude comparant les hommes et les femmes manutentionnaires -, ou encore à des interventions plus efficaces en matière de prévention. L'IRSST se positionne ainsi pour devenir un leader influent en matière de recherche en SST qui tient compte du genre. 

À toutes les femmes, en particulier à toutes les travailleuses, les administratrices, les chercheuses et les techniciennes de laboratoire, je nous souhaite une Journée internationale de la femme des plus réussie.

 

Marie Larue

Voir la vidéo : Mot de Marie Larue - 8 mars 2013

 

Soyons prêts

C'est l'heure comme jamais, pour la relève, de prendre le flambeau. Et pas seulement dans le monde de la recherche. Là comme ailleurs, une partie importante de la main-d'œuvre approche l'âge de la retraite. Certains envisagent de cesser leurs activités professionnelles alors que d'autres jonglent avec la possibilité de les poursuivre, moyennant certains accommodements. L'Institut n'est pas à l'abri de ce phénomène. À cet égard, nous effectuons une gestion prévisionnelle de la retraite du personnel pour ne pas être pris au dépourvu et être en mesure de bien servir nos clients. Une étude récente de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) nous éclaire sur cette réalité qui frappe toutes les entreprises et chaque type d'emplois. Disons d'abord que l'on dénombre plus d'un million de travailleurs âgés de 50 ans ou plus au Québec, ce qui représente près de trois travailleurs sur 10. L'étude de l'ISQ analyse les données de Statistique Canada sur les intentions de ces travailleurs à l'égard de la retraite et sur des éléments pouvant ou non  influencer le choix de quitter la vie active : l'état de santé, le stress au travail et la satisfaction à l'égard de l'emploi qu'ils occupent.

L'étude nous apprend que 92 % de ces travailleurs se disent en bonne santé. Près de la moitié des travailleurs de 50 ans ou plus estiment que leurs journées de travail sont assez ou extrêmement stressantes, situation qui est loin d'être négligeable car elle représente l'une des causes les plus importantes d'absence du travail. Au Québec, le stress atteint les femmes plus que les hommes, et les travailleurs du secteur public davantage que ceux du secteur privé. Par contre, la très forte majorité des travailleurs âgés se disent satisfaits de leur emploi actuel.  Ces travailleurs québécois étant en bonne santé et satisfaits de leurs conditions de travail, on pourrait croire qu'ils seront nombreux à  repousser l'âge de la retraite. Or, l'ISQ estime « qu'il y a peu de relations entre les intentions à l'égard de la retraite et la situation personnelle du travailleur mesurée par l'état de santé, le stress au travail et la satisfaction au travail. ».

L'ISQ dit qu'il y a d'autres facteurs à considérer. Le premier est sans doute l'accès à des régimes de retraite et la capacité financière des gens de prendre leur retraite tout en pouvant répondre à leurs obligations. On le sait, car on connaît tous des gens qui doivent rester sur le marché ou choisissent d'y retourner soit pour maintenir leur niveau de vie soit pour demeurer simplement actifs. 

Avec le vieillissement de la population et les déficits des caisses de retraite, les gens doivent s'attendre à devoir, volontairement ou non, travailler plus longtemps. Plusieurs pays, dont le Canada, ont déjà repoussé de quelques années l'âge de la retraite et d'autres envisagent de le faire. De façon générale, selon l'étude de l'ISQ, chez les 55 ans ou plus, une femme sur deux et deux hommes sur cinq envisagent une retraite définitive. On peut y voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, mais dans la perspective d'une pénurie de main-d'œuvre, il est encourageant de constater que la moitié des hommes et plus du tiers des femmes sont disposés à poursuivre à temps partiel leur vie professionnelle active.  À la lumière de cette tendance, il est avantageux pour les entreprises d'accommoder ceux et celles qui sont prêts à demeurer actifs sur le marché du travail d'autant plus qu'ils sont de plus en plus nombreux à le faire. Ainsi, la proportion d'emplois occupés par les hommes âgés entre 55 et 64 ans au Québec a augmenté de 50 % entre 2000 et 2012 tandis que celle des femmes de la même tranche d'âge a presque doublé, comme l'indique le graphique de l'IRSST ci-dessous.  

Vous vous demandez quel est le lien entre la question de la retraite et la mission de l'IRSST? Je vous dirai que les conditions de SST peuvent, elles aussi, avoir une influence. On sait qu'un travailleur de 55 ans ou plus victime d'une lésion professionnelle s'absente en moyenne 134 jours comparativement à 43 jours pour un travailleur de 24 ans ou moins, et qu'il a plus de risques de conserver des séquelles pouvant compromettre un prompt et durable retour au travail. Sans tomber dans le prêchi-prêcha, il tombe sous le sens que des conditions de travail saines et sécuritaires peuvent aussi favoriser la poursuite de la vie active d'un travailleur tout autant que la survenue de lésions professionnelles peut en réduire la durée. À ce chapitre, les travailleurs ne sont malheureusement pas tous égaux. Certains sont exposés à plus de contraintes physiques que d'autres, comme l'a démontré l'EQCOTESST.   

Une chose est certaine, il faut trouver des solutions, car le marché de la main-d'œuvre change et plusieurs employeurs peinent à dénicher des travailleurs qualifiés. Les employeurs comme les travailleurs et leurs représentants pourront toujours compter sur l'IRSST pour les aider, par l'avancement des connaissances, à assainir et sécuriser leurs milieux de travail. Nous vieillissons tous. Même si cette réalité ne les a pas encore tous frappés, les jeunes d'aujourd'hui seront les travailleurs vieillissants de demain. Pensons-y dès maintenant. Nous aurons tous besoin d'une relève, alors soyons prêts à accueillir les jeunes et les nouveaux, mais aussi à accommoder ceux et celles qui se disent disposés à décaler leur retraite en leur offrant des milieux de travail sains et salubres.

Marie Larue