2012-10-01 12:00 - Messages

L'importance du sexe... en recherche

Dans le monde de la recherche en santé et en sécurité du travail, il est essentiel de conduire des études ou des analyses différenciées selon le genre et le sexe, car, nous dit l'OMS, « le fait d'être un homme ou une femme a sur la santé des conséquences importantes, qui résultent à la fois des différences biologiques et sociales ». Si les caractéristiques liées au sexe des hommes et des femmes sont semblables dans tous les pays, il en va autrement lorsqu'on parle des aspects associés au genre, qui eux peuvent être différents, puisqu'ils sont déterminés socialement et fondés sur des rôles et des comportements qui permettent de distinguer les hommes et les femmes dans un environnement donné. Nous connaissons tous des pays où hommes et femmes n'ont pas les mêmes droits. Par exemple, dans certains cas on interdit aux femmes de conduire un véhicule; dans d'autres pays l'usage du tabac est socialement mal vu si vous êtes une femme, mais accepté si vous êtes un homme, etc.

Au Québec, l'Enquête québécoise sur des conditions de travail, d'emploi et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST), a aussi mis en relief plusieurs caractéristiques associées au genre des personnes. Ainsi, les travailleuses sont plus scolarisées que les travailleurs, mais elles occupent moins de postes de cadres et sont moins nombreuses à gagner plus de 40 000 $ par année. On les retrouve en plus grand nombre dans la fonction publique, dans les soins de santé, l'enseignement, la restauration, l'hébergement, etc. Elles occupent des emplois à temps partiel, des emplois temporaires dans une proportion plus importante que les hommes et sont plus exposées qu'eux à des situations de tension avec le public. Les femmes se disent également plus susceptibles d'être harcelées psychologiquement ou sexuellement, et elles sont plus nombreuses que les hommes à signaler des symptômes dépressifs et des douleurs musculo-squelettiques perçus comme étant associés à leur travail. Elles se retrouvent aussi plus souvent que les hommes à assumer des responsabilités familiales élevées et exécutent davantage de travaux ménagers. Tous ces éléments constituent des caractéristiques liées au genre des personnes et méritent d'être considérés dans les recherches chaque fois que la situation s'y prête, car ils peuvent avoir une influence sur la SST. D'ailleurs, l'Institut a déjà publié des études sur les secteurs et les professions à risque qui permettaient notamment d'observer des différences en matière de prévalence des lésions entre les hommes et les femmes dans une même profession; différences qui existent également quant à la nature des blessures subies.

L'importance que l'IRSST accorde au genre et au sexe des travailleurs n'est pas étrangère au fait que nous nous sommes associés à l'Institut de la santé des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada (ISFH-IRSC) et à d'autres organismes pour financer un programme de chaires de recherche sur le genre, le travail et la santé. À cet égard, l'IRSST entend favoriser les propositions de chercheurs qui voudront étudier les thématiques concernant 1) le genre et les troubles musculo-squelettiques, 2) le genre et l'exposition à des agents chimiques ou biologiques, 3) le genre et la diversification des formes d'emploi; 4) le genre et le retour au travail.  

L'Institut a aussi choisi « L'importance de considérer le genre et le sexe en SST » comme thématique de son colloque institutionnel annuel 2012. Ce colloque devrait mettre en lumière les différences liées au genre et au sexe sur le plan de la SST, de la prévention, de la réadaptation et du retour au travail, et vient confirmer la volonté de l'IRSST de réaliser des études différenciées selon le genre des personnes, car il ne faut pas oublier qu'au Québec, le marché du travail comptait 52 % d'hommes et 48 % de femmes en 2011. Nous le faisons parce que nous croyons que les connaissances qui résultent de ce type d'analyses sont utiles en matière de prévention des lésions professionnelles et de réadaptation des victimes.