2012-07-01 12:00 - Messages

Les emplois deviennent verts, mais le travail, lui?

En juin, au Brésil, lors de la conférence Rio +20 des Nations Unies, les chefs d'État et les représentants de la société civile ont renouvelé leur engagement pour une économie plus verte dans un contexte de développement durable. On constate que dans ce forum international, comme dans d'autres, les intervenants accolent de plus en plus le concept d'une économie verte à celui du développement durable.

Il existe plusieurs définitions de l'économie verte, mais, grosso modo, disons qu'il s'agit de l'ensemble des activités économiques soucieuses de préserver l'environnement autant dans les secteurs traditionnels comme l'agriculture que dans de nouveaux comme ceux du recyclage ou des formes d'énergie renouvelable. Par extension, on parle d'emplois verts.

En lisant le document final de la conférence Rio +20, L'avenir que nous voulons, on constate que celui-ci est plutôt silencieux sur la santé et la sécurité de ceux qui exercent des emplois associés au développement durable. Comme, dans bien des cas, il s'agit de nouveaux emplois, il faudra les apprécier à l'aune de la SST avant de se prononcer. Mais, pour ceux qui ont déjà été évalués, on constate que les conditions dans lesquelles s'effectue le travail ne sont pas nécessairement vertes. Que ce soit dans le domaine du recyclage des métaux ou des déchets, ou encore dans celui de l'énergie solaire ou des biocarburants, les emplois ne sont pas aussi « verts » qu'on peut le croire. Loin de là. Ce n'est pas parce qu'on dit qu'un emploi est vert qu'il s'effectue automatiquement dans un environnement sans dangers ni risques pour la santé et la sécurité de ceux qui l'exercent. Prenons l'exemple de l'agriculture. Les produits agricoles, qu'ils proviennent de l'élevage ou de la culture, peuvent fort bien être verts, mais il y aura toujours en milieu agricole des bioaérosols et des contaminants dont il faudra se protéger, des risques associés à la machinerie qu'il faudra prévenir, etc. Personne ne niera non plus que le recyclage est un bel exemple de développement durable et d'économie verte. Pourtant, là encore, le travail dans ce secteur n'est pas vert pour autant. Dans les centres de tri, les opérations manuelles exposent les travailleurs à plusieurs dangers : contamination par des agents biologiques ou gazeux, bruit, poussière, risques liés aux équipements (chariots élévateurs, chargeuses, convoyeurs, électroaimants, trieuses), mouvements répétitifs, etc. Rappelons-nous que c'est également en recyclant, du métal cette fois, que des travailleurs en particulier dans le secteur des fonderies ont été exposés aux poussières et aux fumées de substances nocives pour la santé. L'énergie solaire est aussi un autre exemple d'un produit plus vert que vert et qui ne contribue pas à l'augmentation des gaz à effets de serre. Or, la fabrication des cellules photovoltaïques qui entrent dans la composition des panneaux solaires exige la mise en place de mesures de prévention pour protéger les travailleurs contre des risques potentiels d'exposition à des contaminants chimiques. Les défis en SST des emplois verts de l'industrie du photovoltaïque au Québec font d'ailleurs l'objet d'un projet de recherche de la division Prévention des risques chimiques et biologiques.

La mission de l'IRSST s'inscrivant parfaitement dans la philosophie du développement durable, l'Institut suit attentivement la croissance de l'économie verte, non pas pour en compromettre ou en ralentir l'essor, mais bien pour apprécier les risques potentiels pour les travailleurs, soutenir les milieux de travail et être en mesure de leur suggérer des moyens de prévention.

Si l'économie devient verte, de même que les emplois et les produits qui en découlent, ne serait-il pas légitime que le travail et les conditions de son exécution puissent également être le plus vert possible? La question mérite d'être posée. 

Marie Larue

Pour mieux prévenir les cancers professionnels

CC: JmarchnDans le Plan triennal 2009-2011 adopté par son conseil d'administration, l'IRSST proposait de faire le point sur les substances reconnues sur la scène internationale comme étant associées à des cancers professionnels. C'est dans ce contexte que s'inscrit la publication récente du premier portrait des travailleurs québécois exposés aux substances cancérogènes. Cette recherche est une contribution importante aux connaissances dans ce domaine. Malgré les difficultés, les chercheurs ont compilé des estimations d'exposition pour 38 substances reconnues cancérogènes ou qui le sont probablement1. Par la suite, ils ont évalué, pour chacun de ces 38 cancérogènes, le nombre de travailleurs québécois exposés par secteur d'activité économique. Depuis la diffusion des résultats de l'étude, plusieurs d'entre vous ont posé des questions. Je réponds brièvement à quelques-unes d'entre elles.

Pourquoi avoir effectué cette étude ?

Brosser ce portrait constitue une étape essentielle d'une démarche préventive visant à éliminer l'exposition aux substances cancérogènes ou, si c'est impossible, la réduire au minimum. L'étude, comme bien d'autres, a ses limites, mais elle a le mérite d'établir un état de la question, d'apprécier l'ampleur du problème et, surtout, de donner des pistes d'action puisqu'elle nous permet d'identifier quelles sont les industries et les professions où les travailleurs sont le plus susceptibles d'être exposés aux cancérogènes. Nous souhaitons qu'elle soit utile aux intervenants en santé au travail et aux préventeurs afin qu'ils puissent agir dès maintenant. Elle servira aussi aux chercheurs qui pourront s'y référer afin de déterminer des pistes de recherche prioritaires.

Pourquoi avoir choisi les 38 substances qui ont fait l'objet de l'étude ?

D'abord, les chercheurs ont retenu cinq sources crédibles qui classifient des substances en fonction de leur cancérogénicité : La Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), l'American Conference of Governmental Industrial Hygenists (ACGIH), la Commission allemande pour l'étude des risques à la santé des substances chimiques présentes en milieu de travail (Commission MAK), le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé et le U.S. National Toxicology Program (NTP). Par la suite, ils ont cherché des données d'exposition établies sur des bases scientifiques pertinentes au contexte québécois. Des données n'étant pas disponibles pour tous les contaminants, les chercheurs en ont finalement retenu 38 pour lesquels des estimations étaient disponibles en octobre 2010. Précisons qu'aucun des cinq organismes ne classifie tout à fait de la même façon les cancérogènes. Ceux-ci sont répertoriés en plusieurs catégories qui diffèrent légèrement d'un organisme à l'autre, mais la diversité des sources d'information de l'équipe de recherche est un gage de la valeur de la compilation qu'elle a effectuée.

Le rôle de l'IRSST est de contribuer, par la recherche, à la prévention des lésions professionnelles. Dans un contexte où des travailleurs sont potentiellement exposés à des substances cancérogènes, il est important que l'information soit disponible dans les milieux de travail afin que ceux-ci puissent être en mesure de substituer les contaminants par des substances moins nocives et, si cela est impossible, d'utiliser les mesures préventives collectives ou individuelles appropriées dans un but de prévention durable. L'Institut s'engage à soutenir les milieux de travail aux prises avec des difficultés s'ils avaient des besoins en matière de substitution de produits ou pour choisir des équipements de protection adéquats.  

Bon été.

Marie Larue

 

Références:

http://www.irsst.qc.ca/solub/

http://www.prot.resp.csst.qc.ca/

 


1. Les classifications peuvent varier légèrement d'un organisme à l'autre, mais généralement une substance probablement cancérogène est un polluant pour lequel on dispose de suffisamment d'éléments pour justifier une forte présomption que l'exposition d'une personne à de telles substances peut provoquer un cancer.