2012-06-01 12:00 - Messages

La toxicologie d'aujourd'hui

En autorisant la publication de la 7e édition du Guide de surveillance biologique de l'exposition des travailleurs à des contaminants chimiques, je ne pouvais faire autrement que constater tout le chemin que nous avons parcouru en matière de toxicologie industrielle.  En fait, nous avons accompli des progrès vraiment remarquables depuis les années 60, alors que la toxicologie consistait essentiellement à étudier la pollution atmosphérique et les pesticides. Le champ des maladies professionnelles n'était pas vraiment investi sous l'angle de la prévention. Évidemment, les professionnels de la santé traitaient les cas d'amiantose, de saturnisme ou d'hydrargie lorsqu'ils étaient déclarés, mais il faudra attendre les années 70 avant que le Centre de toxicologie du Québec, sous l'impulsion du chimiste Jean-Yves Savoie qui deviendra le père fondateur des laboratoires de l'IRSST, propose un projet de surveillance biologique de l'exposition (SBE) des travailleurs à des contaminants chimiques. Plusieurs avancées scientifiques feront alors progresser la toxicologie industrielle, notamment grâce aux travaux du professeur Jules Brodeur de l'Université de Montréal, qui deviendra le directeur de l'une des premières équipes de chercheurs associés de l'IRSST.

Au début des années 80,  des méthodes seront élaborées au Québec pour permettre d'évaluer le niveau d'exposition en analysant la concentration de contaminants dans le sang, l'urine ou l'air expiré des travailleurs. En 1987, l'IRSST publiera son premier guide de surveillance biologique qui, à l'époque, est vu comme un élément essentiel à une stratégie d'évaluation globale du risque pour la santé des travailleurs. Ce guide contient toute l'information utile aux professionnels de la santé pour prélever des échantillons de qualité et interpréter correctement les résultats d'analyse.

Les toxicologues ne sont pas au bout de leur peine. Les personnes, les contaminants, les tâches d'un travailleur ont tous des caractéristiques qui leur sont propres. Ces caractéristiques peuvent causer des variations importantes dans les résultats mesurés pour des travailleurs pourtant exposés aux mêmes contaminants pendant la même durée. Les chercheurs s'attèlent à quantifier cette variabilité et à l'associer à des indicateurs biologiques. Au fil des avancées scientifiques, la variabilité biologique sera intégrée et prise en compte dans le Guide, ce qui constituera un autre pas vers une meilleure interprétation des données de surveillance biologique. La science s'attardera ensuite aux expositions à de multiples contaminants, aux interactions toxicologiques, aux vapeurs absorbées sur des poussières, aux relations entre les niveaux d'exposition et les effets sur la santé, etc. Avec le recul, on constate l'évolution marquée de la toxicologie industrielle et les progrès qui ont accompagné l'avancement des connaissances.

La publication de la 7e édition du Guide de SBE est un moment approprié pour saluer le travail des toxicologues, des chimistes, des techniciens et techniciennes de laboratoire du Québec qui ont contribué à ce que nous puissions obtenir une meilleure évaluation de l'exposition pulmonaire, cutanée ou digestive des travailleurs et des risques pour leur santé. L'élaboration d'un tel guide est un autre bel exemple de l'utilité de la recherche pour les intervenants en santé et en sécurité du travail.  

Marie Larue