2012-04-01 12:00 - Messages

Pensons aussi aux maladies

http://www.cchst.ca/events/mourning/Qu'on parle d'un jour commémoratif, d'un jour de compassion, d'un jour de deuil national  ou d'une journée mondiale de santé et de sécurité au travail, le 28 avril de chaque année nous rappelle une triste réalité. Il y a des travailleurs - trop de travailleurs - qui meurent et qui se blessent en gagnant leur vie. Le 28 avril est l'occasion de se remémorer et de commémorer les victimes et de saluer leurs familles. C'est aussi une journée qui favorise la réflexion et l'action en matière de SST. En nous souvenant du collègue, de l'ami ou d'un parent qui a été victime d'une lésion professionnelle, demandons-nous si, dans chacun de nos environnements, nous pouvons poser un geste concret pour éliminer à la source un danger ou réduire les risques de lésions professionnelles. N'attendons pas le prochain accident. Pensons-y dès maintenant.

Intervenir en misant sur la prévention dans nos milieux de travail est encore la façon la plus concrète d'exprimer sa compassion et de souligner la journée du 28 avril. Agir pour prévenir constitue le meilleur plaidoyer en faveur de la santé et de la sécurité du travail. Pendant que l'Assemblée nationale débat du projet de loi  60 visant la modernisation du régime de santé et de sécurité du travail – projet qui élargira la portée de l'application des mécanismes de prévention à un plus grand nombre d'établissements – regardons ce que nous, travailleurs et employeurs, pouvons faire pour rendre plus salubres et sécuritaires nos milieux de travail.

Et si vous êtes à la recherche de données probantes, je vous rappelle que l'IRSST met à la disposition des préventeurs et des comités de santé et sécurité des centaines de guides, fiches, rapports dont les contenus vous aideront dans votre mission de prévention. En ce jour commémoratif du 28 avril, je me joins à tous les travailleurs et les employeurs du Québec pour dire, oui, malheureusement les accidents existent, mais nous refusons de baisser les bras en disant qu'ils sont causés par un fâcheux concours de circonstances. La fatalité ne provoque pas d'accidents. Ceux-ci surviennent de façon imprévue et immédiate et ne doivent pas nous faire oublier les maladies professionnelles qui, elles, peuvent avoir de longues périodes de latence. Ensemble, prévenons-les si nous ne voulons pas que demain ressemble à aujourd'hui.

 

 

Qu'est ce que ça donne?

Chaque jour, ici et ailleurs, la recherche contribue à l'avancement des connaissances. Des données probantes s'ajoutent pour soutenir l'implantation de nouveaux programmes, améliorer des processus ou des équipements, prévenir les lésions par la réduction des risques et l'élimination des dangers ou encore pour faciliter le retour au travail d'une personne accidentée. Chercheurs, préventeurs, membres de comités de santé et de sécurité s'investissent journellement dans la mission de prévention. Tous visent un seul objectif : améliorer leur bilan des lésions professionnelles. Une fois le travail de prévention accompli vient le temps d'évaluer les démarches entreprises à la lumière des résultats obtenus. Il peut s'agir d'apprécier le transfert des connaissances, l'appropriation des résultats par les milieux, les modifications apportées à des machines, à des processus ou à l'organisation du travail ou encore l'impact d'un programme de formation ou de prévention.

En recherche comme ailleurs les administrateurs veulent savoir si l'investissement donne des résultats. Et c'est normal. Or, il appert que le domaine de l'évaluation est un monde complexe. S'il est facile, somme toute, de déterminer si une entreprise a amélioré son bilan par une baisse du nombre d'accidents et une réduction du nombre de jours de travail perdus en raison des lésions professionnelles, il devient moins évident de mesurer, en leur attribuant une valeur respective, la contribution des activités de chacun dans le résultat final. À titre d'exemples, l'IRSST a acquis au fil des ans une solide réputation en matière d'évaluation de divers produits et équipements. Grâce à son expertise, l'Institut a notamment mesuré l'efficacité de protecteurs auditifs de types de casques aux bruits impulsionnels d'armes à feu, de gants destinés à réduire l'exposition aux vibrations mains-bras, de détecteurs personnels de monoxyde de carbone ou encore la validité d'instruments utilisés pour le diagnostic de lombalgies. Parfois, nous avons réalisé des évaluations de grande envergure, comme celle sur l'impact d'un abaissement des valeurs d'exposition admissibles pour le formaldéhyde qui a donné lieu à la publication d'un rapport et de plusieurs annexes. Plus récemment, c'est l'implantation et l'impact du programme Prévicap qui ont fait l'objet d'une évaluation. L'IRSST a également développé des méthodes d'évaluation que ce soit en matière de performance des chaussures de protection contre les scies à chaînes ou encore de mesure des concentrations de monoxyde de carbone dans l'échappement des moteurs diesels.

C'est donc que l'expertise et les méthodes évaluatives existent et qu'il est possible d'apprécier, sur les bases de données probantes, des programmes en SST, même si les besoins en cette matière sont relativement nouveaux et que les ressources compétentes peu nombreuses. Cela dit, le défi demeure immense s'il s'agit, par exemple, d'évaluer l'impact des activités de recherche de l'IRSST sur le bilan général des lésions professionnelles au Québec. Ce défi soulève l'intérêt non seulement ici au Québec, mais aussi dans la plupart des centres de recherche en SST dans le monde. Au Royaume-Uni, le Health and Safety Executive (HSE) vient de publier à ce sujet une intéressante étude de faisabilité qui démontre qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. « It is not feasible, given current evidence and date sources, to demonstrate links between HSE activities as a whole and changes in H&S final outcomes. This is because of the complexity of model specification, empirical and methodological problems and the available data sources not being fit for those purposes », conclut le rapport. Mais, pas possible ne veut pas nécessairement dire impossible… car c'est justement le rôle de la recherche de s'attaquer aux problèmes complexes et de les résoudre. Il ne faut pas baisser les bras. D'ailleurs, le rapport du HSE recommande des pistes de solution, dont la mise en place d'une stratégie d'évaluation systématique.

Sachant que les conséquences d'une évaluation peuvent signifier le maintien, l'élargissement ou carrément l'abandon de programmes, il y a lieu de s'assurer que les méthodes reposent sur quelque chose de solide et de fiable. De plus en plus, les besoins en matière d'évaluation se feront criants, car il est légitime de vouloir savoir ce que ça donne, y compris en recherche.