2010-06-01 12:00 - Messages

La recherche, est-ce concret ?
L'avancement des connaissances en santé et en sécurité du travail (SST) donne-t-il lieu à des réalisations concrètes pouvant être utiles aux milieux de travail ? Cette question revient ponctuellement et pas seulement dans le monde de la recherche en SST. Chaque fois qu'on me la pose, je réponds toujours que le transfert des connaissances (TC) est une priorité organisationnelle. De ce fait, le TC et la valorisation du savoir sont intégrés systématiquement à chaque projet de recherche. Ces activités donnent parfois lieu à la production de guides, de fiches techniques ou d'utilitaires. Certains ont un caractère plus officiel. Ainsi, que ce soit pour l'application de méthodes ou l'établissement de valeurs d'exposition, le Règlement sur la santé et la sécurité du travail fait référence à trois guides élaborés par l'IRSST. Il s'agit du Guide d'échantillonnage des contaminants de l'air en milieu de travail, le Guide des appareils de protection respiratoire utilisés au Québec et le Guide d'ajustement des valeurs d'exposition admissibles pour les horaires de travail non-conventionnels. Dans le cas de ce dernier, il est cité en référence depuis 2004 dans le TLV Book de l'American Conference of Gouvernmental Industrial Hygienists (ACGIH) qui est un peu la bible de la plupart des hygiénistes intéressés aux valeurs limites d'exposition ou aux indices biologiques d'exposition.

D'autres, en plus de leur utilité, ont contribué à la notoriété de l'IRSST à l'extérieur du Québec. Citons notamment le Guide de bonnes pratiques favorisant la gestion des risques reliés aux nanoparticules de synthèse qui a même été traduit en japonais par nos collègues du centre de recherche JNIOSH, l'utilitaire Mixie sur les interactions toxicologiques qui a été adapté à la réalité tchèque ou encore le logiciel Doc-Quais qui permet d'évaluer le niveau de sécurité des quais de transbordement et qui a été traduit par les Belges.

Pour découvrir l'ensemble des guides, fiches et utilitaires qui découlent de résultats de recherche, dont notre plus récent Guide sur la sélection des gants de protection, je vous invite à visiter le site de l'IRSST.  Chose certaine, ces outils sont très utiles aux intervenants en SST et le personnel scientifique de l'Institut en produira d'autres.

 

Bonnes découvertes.

 

Marie Larue

Intégration et développement durable

Forum économique internationalLe 16e Forum économique international des Amériques se tenait à Montréal au début juin. À cette occasion, je participais à une table ronde dont le thème était : Intégration et responsabilité sociale des entreprises. Organisé en collaboration avec la Fondation Agir Contre l'Exclusion (FACE), cet événement s'inspirait de la philosophie du développement durable, principe auquel l'IRSST adhère et qui s'inscrit tout à fait dans sa mission. En SST, la capacité d'intégration du personnel au sein d'une entreprise est une clé de succès du développement durable.

De nombreux sujets ont été couverts. Mes principales préoccupations découlaient des mutations du monde du travail et des enjeux de prévention en SST dans les entreprises.  Le contexte de ces mutations englobait :

  • le vieillissement de la main-d'œuvre, phénomène qui sera plus marqué au Québec que dans la plupart des pays industrialisés;
  • l'intégration des jeunes travailleurs, qui ne se fait pas sans difficultés;
  • la migration de la main-d'œuvre vers les activités tertiaires;
  • l'arrivée des travailleurs immigrants provenant de divers horizons;
  • les pénuries de main-d'œuvre et de compétences dans certains secteurs.

Pour illustrer ce dernier point, j'ai donné l'exemple du secteur minier qui doit relever de nombreux défis au plan de l'attraction, de la rétention de la main-d'œuvre et de sa préparation à affronter la réalité du travail. D'une part, les jeunes sont peu préparés, tandis que les travailleurs provenant d'autres industries éprouvent des difficultés d'intégration. Étant donné que de nombreux travailleurs expérimentés prendront leur retraite au cours des prochaines années, les entreprises anticipent une perte d'expertise substantielle, incluant les savoir-faire de prudence de métier, ce qui laisse présager un accroissement des risques de lésions professionnelles.

En matière de prévention, les enjeux qui me semblent incontournables se présentent sous quatre axes :

  1. l'intégration d'une stratégie globale de prévention;
  2. la capacité de prendre des décisions dans un contexte d'incertitude, notamment en matière de prévention des atteintes psychologiques et musculo-squelettiques;
  3. l'accroissement des efforts consacrés à la prévention primaire des cancers professionnels;
  4. la prise en considération des besoins particuliers des PME.

Quoi qu'il en soit, de façon générale, pour prévenir l'exclusion sociale en SST, il faut s'assurer que le capital humain soit en santé et lui offrir un contexte dans lequel l'exercice des rôles et des responsabilités est sécuritaire.

 

Marie Larue