2009-09-01 12:00 - Messages

Concilier travail et études

Dans une lettre publiée récemment dans La Presse, une enseignante et mère de famille posait une question pertinente en ce mois de rentrée scolaire : Comment réussir ses cours au cégep tout en travaillant 25 heures par semaine ? Cette lettre et les réactions qu'elle a suscitées focalisaient sur les conséquences de la conciliation travail et études alors que plusieurs s'interrogeaient sur les effets de ce cumul sur le décrochage ou la réussite scolaire. Cette façon d'aborder le problème présente une facette de la réalité, mais ce cumul a aussi des incidences sur la santé et la sécurité de ces jeunes travailleurs toujours aux études. Financée par l'IRSST et le ministère de l'Éducation et réalisée en collaboration avec ÉCOBES, une étude exploratoire titrée Étudier et travailler en région à 18 ans : Quels sont les risques de SST ? a permis de décrire les conditions de travail et d'emploi des jeunes, de caractériser les risques qu'ils courent, ainsi que les conséquences qui en découlent.  

D'abord, disons que le cumul études-travail est bien réel. Les jeunes de 17 ans ayant participé à cette recherche consacraient en moyenne 44 heures par semaine au travail et aux études ; ceux de 18 ans y investissaient 48 heures. Même si la moyenne s'établit à 14 heures par semaine, certains travaillent beaucoup plus longtemps. Par ailleurs, 59 % des jeunes étudiants ayant un emploi indiquaient ne prendre qu'une journée ou moins de congé par semaine. Or, les chercheurs avancent que cette situation prédispose les jeunes à développer des symptômes reconnus comme étant des facteurs prédictifs de lésions professionnelles, dont la fatigue, mais aussi à abandonner leurs études. La combinaison des effets de ce cumul et du peu de temps consacré au repos peut faire en sorte que le sommeil des jeunes est insuffisant. Ces facteurs expliqueraient en partie que les jeunes travailleurs de 15 à 24 ans se blessent davantage que leurs collègues plus âgés, qui eux, travaillent en moyenne plus d'heures. Ce constat avait d'ailleurs amené l'IRSST à mettre sur pied l'Opération JeuneSST, en 2004. 

En conclusion, je dirais qu'il faut regarder par les deux bouts de la lorgnette... car la conciliation travail-études a des effets autant sur la scolarité que sur la santé et la sécurité des jeunes. D'autres recherches sont en cours pour mieux comprendre pourquoi ces jeunes courent un risque accru de subir des lésions professionnelles. Chose certaine, les conséquences de ce cumul alimenteront assurément le colloque du 22 octobre prochain, Les jeunes et la SST dans une société en mouvement, que l'IRSST organise en collaboration avec la Direction Action Jeunesse de la CSST, car il semble évident que les jeunes étudiants-travailleurs constituent un groupe à risque de fatigue excessive.

Au plaisir de vous y croiser.

 

 

Que nous réserve l'avenir?

Ici comme ailleurs, les centres de recherche en SST s'interrogent afin de déterminer quels sont les risques émergents, résurgents et ceux qui iront en croissance au cours de la prochaine décade. Le National Research Centre for the Working Environment du Danemark (NRCWE) se livrera à un tel exercice, en septembre prochain, en vue d'établir ses stratégies de recherche 2010-2020.

Pour ce faire, les Danois utilisent des moyens semblables à ceux pris par l'IRSST l'an dernier. En vue de compléter et valider l'information dont il dispose, le NRCWE convie à un séminaire international les membres du Partnership for European Research in Occupational Safety and Health (PEROSH) qui regroupe une douzaine de centres de recherche européens. Pour élargir le spectre et avoir une vision nord-américaine des problématiques en émergence, le NRCWE a également invité le NIOSH des États-Unis et l'IRSST.

En 2008, l'IRSST avait lui aussi organisé un colloque sur les grands enjeux de la recherche en SST auquel participaient des chercheurs, des partenaires et des représentants de l'Observatoire des risques de l'Agence européenne pour la SST, du groupe Horizon Scanning du Health and Safety Laboratory du Royaume-Uni et du Bureau de coordination du National Occupational Research Agenda du NIOSH. C'est de cette façon que nous avons complété notre programmation triennale de recherche 2009-2011. Pour ce faire, l'Institut s'appuyait également sur des éléments de prospective établis par le Service de veille scientifique et le Groupe surveillance et connaissance statistiques ; deux unités dont l'IRSST avait annoncé la mise en place dans son plan stratégique 2006-2010. À Copenhague, les experts invités doivent présenter les cinq plus importants défis auxquels ils croient que leur pays fera face au cours des 5 à 10 prochaines années. Pour sa part, l'IRSST a choisi d'exposer les thématiques suivantes :

• Le vieillissement de la main-d'œuvre ;

• Les cancers professionnels ;

• La santé psychologique ;

• L'impact des facteurs biopsychosociaux sur le retour au travail ;

• L'impact des changements climatiques sur la SST.

Il y a évidemment des avantages pour l'IRSST à participer à ce genre de rencontres internationales. Elles nous permettent non seulement de faire valoir les réalisations des chercheurs québécois, mais aussi de nouer de solides liens, de conclure des partenariats et d'obtenir des informations utiles que nous n'aurions pas autrement ou du moins pas aussi facilement. Au séminaire de Copenhague, chaque pays représenté exposera ses grands enjeux des prochaines années. Le Québec pourra ainsi comparer sa feuille de route à celles des autres pays industrialisés.

Et vous ? À quels grands défis votre milieu sera-t-il confronté au cours des prochaines années ?